Tourbillon de vérité (Partie 2)

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[...] Ce soir-là, à table, je racontai à mes parents que j’avais rencontré une femme particulièrement intéressante. Ce n’est qu’au moment où je vis une expression de mécontentement se dessiner sur le visage de ma mère que je réalisai que j’avais commis une erreur que je ne me pardonnerai jamais. A peine avais-je ouvert la bouche qu’elle avait compris que je n’étais pas allée aider un camarade, comme je l’avais prétexté, mais bien trainer au salon du livre. Elle n’avait rien contre le salon, loin de là, c’était même un événement qu’elle trouvait très bénéfique. Ce qui la dérangeait plutôt, c’était le fait que j’y passe tout mon temps libre. Ma mère aimait bien la littérature, tout comme mon père, c’était d’ailleurs eux qui m’avaient transmis cet amour. Ce qu’elle ne comprenait pas, c’était que ce soit pour moi plus qu’une passion et que je veuille y consacrer ma vie. Comme j’étais très douée pour la chimie et les math, elle considérait que je devais faire des études scientifiques « lourdes » et aspirait à me voir devenir ingénieur ou médecin. Malheureusement pour elle, j’étais bien décidée à m’engager dans les lettres, et c’était loin des ambitions qu’elle avait pour moi. Mon père ne disait rien et ça m’arrangeait. Je savais bien qu’il aurait préféré que j’eusse choisi la voie scientifique, mais il n’essayait pas pour autant de me dissuader de faire ce qui me plaisait. Ma mère me lança donc un regard extrêmement désapprobateur et s’apprêtait à me sermonner quand il intervint en me demandant : « Et qui est donc cette personne si intéressante ?
- Un écrivain, Sophie Lux, je l’ai rencontrée au salon du livre cet après-midi. Elle m’a dédicacé son roman, que je viens de commencer, magnifique. On a parlé pendant un moment, elle est vraiment adorable ! »
Mon père sourit, il était content de me voir, pour une fois, entrer en contact avec quelqu’un, même si cette personne avait le double de mon âge. Ma mère, au contraire, n’avait pas l’air si enthousiaste mais au moins, elle n’avait pas fait de remarque désagréable. Nous finassâmes de manger en silence et je retournai dans ma chambre. J’ouvris le livre pour relire la dédicace, elle avait écrit : « A Nagham, ça m’a fait très plaisir de faire ta connaissance aujourd’hui. A bientôt j’espère. Affectueusement, Sophie. ». Je remarquai alors qu’elle avait rajouté, en dessous de sa signature, une adresse e-mail qui, supposai-je, était la sienne. Je jubilais. Je ne savais presque rien de cette femme, et pourtant, je ne m’étais jamais sentie aussi proche de qui que ce soit de ma vie. Je n’avais qu’une envie : la revoir au plus vite.
Je passai la majeure partie de mon vendredi plongée dans son roman, qui me passionnait. Une fois que je l’eus terminé, je décidai de lui envoyer un message pour la remercier, d’abord pour le très bon moment qu’elle m’avait fait passé la veille et, ensuite, pour le plaisir que m’avait procuré la lecture de son livre. Je dus réécrire mon message au moins une dizaine de fois pour arriver enfin à un résultat que je jugeai susceptible d’être envoyé :
Bonjour, c’est Nagham. Je tenais à vous remercier pour le moment que nous avons passé ensemble hier au salon, ça m’a vraiment fait plaisir de vous connaitre et d’avoir pu vous parler. Merci également pour ce magnifique roman que j’ai dévoré en un temps record. J’aimerais beaucoup avoir la possibilité de vous revoir.
Nagham.
            Une fois le mail envoyé, je m’attelai à mes devoirs sans grande conviction. Je n’y voyais qu’une manière de passer le temps en attendant une réponse de Sophie. Bien entendu, je n’étais aucunement concentrée sur mes innombrables exercices de math et mon esprit vagabondait dans mon monde imaginaire. Dans mon univers, Sophie était déjà comme une grande sœur pour moi, elle me conseillait et me guidait dans mes choix, je lui disais tout et elle ne me cachait rien. Après avoir tenté, en vain, pendant une bonne demi heure de résoudre ces problèmes, je laissai tomber et retournai à mon ordinateur tout en sachant que c’était impossible qu’elle m’ait déjà répondu.  Ma boite de réception était vide et, malgré l’évidence, je fus tout de même déçue.  Je pris alors un livre au hasard sur la pile qui attendait sur ma bibliothèque et me mis à bouquiner. En début de soirée, ne tenant plus en place, je suppliai ma mère de me conduire au salon du livre, à mon grand étonnement, elle accepta sans aucune remarque.
            Au salon, je cherchai avidement Sophie, sans succès. Je finis par acheter quelques livres et rentrer chez moi, déçue. Je passai la soirée plongée dans un roman sans grand intérêt pour oublier cette impatience qui me faisait bouillonner et finis par m’endormir enfin aux alentours de deux heures du matin. Samedi matin, la première chose que je fis en ouvrant les yeux en milieu de matinée, fut d’allumer mon ordinateur pour vérifier si elle m’avait répondu.  Je trouvai dans ma boite de réception, deux messages d’une camarade de classe qui m’importaient peu et un troisième d’un « destinateur inconnu ». Mon cœur martelait ma poitrine alors que j’ouvrais le message. Après une attente interminable due à des problèmes de connexion, le texte s’afficha enfin sur mon écran. Je lus :
Chère Nagham, tu n’imagines pas combien ton message m’a fait plaisir. Moi aussi, j’ai été très heureuse de faire ta connaissance. Je pensais aller au Salon du livre cet après-midi aux alentours de seize heures, nous pourrions nous retrouver là-bas, qu’en penses-tu ?
Bises, Sophie.
            Mon cœur fit un bond lorsque je lus la dernière phrase. Elle voulait me revoir, elle voulait que je la retrouve au Salon le jour-même ! Je lui répondis sans attendre que je serais au rendez-vous et que l’on pourrait se retrouver à la cafeteria. Je savais que ma mère allait râler si je lui demandais de m’accompagner, elle me dirait : « Nagham, tu y es déjà allée deux fois, tu ne crois pas que ça suffit ? ». C’est alors que je me rappelai qu’on était samedi et que mon père ne travaillait pas ce jour-là. Je courus donc le trouver pour lui demander s’il était d’accord pour me déposer au Salon. Il accepta et nous décidâmes de partir après déjeuner.  A quatorze heures, ma mère nous appela pour déjeuner, à quinze heures, nous avions fini, à quinze heure dix minutes, mon père démarrait la voiture. [...]


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