Le Cri (partie 1)

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Cette nouvelle a été écrite dans le cadre du prix Maupassant de la jeune nouvelle, organisé par l’AMOPA.
Naï

            "L’usage le plus digne qu’on puisse faire de son bonheur, c’est de s’en servir à l’avantage des autres."
Marivaux
Tout a commencé par un cri. Un cri, suivi de près par un blanc. Le vide. Ce cri horrible, aigu, déchirant, qui résonne encore aujourd’hui dans ma tête. Ce cri qui ne me lâche pas, que je ne peux oublier. Nous sommes là, toutes les deux, sur le bord de la route. Un pas, des freins qui grincent, un cri, puis plus rien. C’est le souvenir atroce de ce cri qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui pour mes proches : un ange-gardien.
            Pour comprendre mon histoire, il faut bien sûr remonter avant l’accident, à l’époque où je menais une vie calme, paisible mais aussi, et surtout, insignifiante. J’étais alors une adolescente comme toutes les autres qui ne pensait qu’à sortir, faire la fête, voir ses amis… C’était ça pour moi « profiter de la vie » : croire que tout était au mieux dans le meilleur des mondes et ne me préoccuper de rien. Chaque jour, je me levais, j’allais au lycée, je rentrais chez moi, je faisais mes devoirs, et rebelote.  Tous les vendredis soirs, je dinais avec Lou, ma meilleure amie. Les samedis, c’était avec toute la bande de copains du lycée, et les dimanches, j’étais en famille. Cette routine ne me déplaisait pas, je ne ressentais en aucun cas le besoin de la changer. J’étais heureuse, ou du moins, je croyais l’être. Jusqu'à ce jour, il y a deux ans aujourd’hui, où tout a basculé.
            Vendredi 9 avril 2010
            Je sors du lycée avec ma meilleure amie Lou. Je ris à l’histoire qu’elle vient de me raconter, probablement quelque chose qui s’est passé pendant son dernier cours. On m’appelle, je me retourne. C’est une fille de ma classe qui veut me poser une question. Je vais lui parler en disant à Lou de m’attendre de l’autre côté de la rue. Quand je finis, je vais retrouver Lou. Au moment de traverser, je me souviens d’une dernière chose à dire a ma camarade de classe, je me retourne, sans m’arrêter. Je pose un pied puis l’autre sur la chaussée et fais un pas sans regarder. Soudain, j’entends des pneus qui crissent dans une tentative d’arrêt précipité, je tourne la tête et je vois une voiture foncer vers moi, je n’ai le temps de rien faire. Au même moment, un cri me perce les tympans et le cœur. C’est Lou. Elle crie : « JADE !!!!!!! ». Et voila. C’est tout ce dont je me souviens. La suite, vous vous y attendez : la voiture me percute, on panique, on appelle une ambulance, on me transporte à l’hôpital où l’on m’examine et d’où l’on appelle mes parents. Le verdict tombe, ma vie est en danger ; je suis dans un coma profond. Pendant trois longues semaines, j’ai demeuré ainsi, dans cet état précaire entre la vie et la mort. Pendant trois longues semaines, j’ai entendu les voix de mes parents, de mes amis. Pendant trois longues semaines, j’ai perçu l’inquiétude dans leurs paroles. Pendant trois longues semaines, j’étais là sans vraiment y être…
            Dimanche 2 mai 2010
            Après presque un mois, j’ouvre enfin les yeux. Je ne vois pas grand-chose, tout est flou autour de moi, mais qu’importe, j’ai ouvert les yeux, c’est tout ce qui compte. J’ai besoin de quelques minutes pour m’habituer à la lumière, mais je ne vois toujours pas nettement. J’entends une voix prononcer mon nom sur un ton incrédule. Je la reconnais : c’est Lou ! Elle court appeler quelqu’un, dire à tout le monde que j’ai ouvert les yeux, que je suis sortie du coma. Médecins et infirmiers se succèdent dans ma chambre, mes parents arrivent peu après. Je suis très fatiguée et tout mon corps me fait mal, mais j’ai ouvert les yeux !  Petit à petit, je commence à reprendre conscience. Je ressens une douleur poignante à la jambe gauche, on me dit que je souffre de plusieurs fractures. Je veux me lever, bouger, reprendre le cours de ma vie, mais je ne peux pas, je suis clouée à ce lit pendant encore un mois, au moins.
Les quelques jours qui suivent sont difficiles, je suis très fatiguée, j’ai des migraines horribles et tout mon entourage se presse à mon chevet. Je reçois, entre autres, la visite de mes grands-parents, de mes cousins, d’un bon nombre de membres de ma famille paternelle comme maternelle, d’une grande majorité de mes camarades de classe (qui viennent souvent en groupes) et même de pratiquement tous mes professeurs ! Bien que je sois heureuse de les revoir et touchée par leur présence, je suis trop fatiguée pour profiter pleinement de ces retrouvailles. Quand je suis seule, ce qui est plutôt rare, je lis, je somnole, ou alors je réfléchis. Je pense beaucoup à « avant », avant l’accident, avant le coma. J’essaye de me rappeler ce qui m’est arrivé. Je le sais, évidemment, mais je ne sais que ce que l’on m’a raconté ; personnellement, je n’ai aucun souvenir de ce jour-là. La seule chose dont je me souvienne, et que pourtant j’aimerais oublier, est le cri de Lou, ce cri qui me hante jour et nuit. Je médite aussi beaucoup sur la vie. Ce n’est qu’aujourd’hui que je me rends compte à quel point celle-ci est fragile et instable. Je prends conscience que tout peut basculer d’une minute à l’autre et cette idée m’angoisse. Je sais maintenant que la durée de ma présence sur terre est limitée et je veux en profiter autant que possible. Je suis déterminée à changer de vie, à atteindre le bonheur. Je veux être heureuse, soit, mais je ne peux y arriver si ceux que j’aime ne le sont pas eux-mêmes. Je prends alors la décision qui va bouleverser ma vie et celle de mon entourage : toute personne qui m’est proche doit être heureuse. Ce que j’entends par là ? C’est simple : pour moi, le bonheur est la satisfaction de tous les besoins et de tous les désirs. Partant de ce principe, je m’engage à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour combler de bonheur les gens qui comptent pour moi. 
[...]



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