Le Cri (partie 2)

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Je ne mets personne au courant de mon projet. Les autres n’ont pas besoin de savoir, cette décision, je l’ai prise tout d’abord pour moi. J’imagine leurs réactions s’ils savaient : « Tu es folle Jade, tu ne réalises pas l’ampleur de tes paroles ! Comment comptes-tu réussir à rendre tout le monde heureux ? » Non, ils n’ont pas besoin de savoir. Moi-même, je ne sais pas encore comment je vais pouvoir le faire. Cette entreprise me paraît extrêmement difficile à concrétiser, et pourtant, je la sais essentielle à mon bien-être.
Pendant mon séjour à l’hôpital, j’ai beaucoup de temps à tuer, ce qui me permet de me préparer à l’action. Je commence par faire des fiches, que je vais ensuite classer par ordre de priorité. Chaque personne qui m’est chère se voit donc attribuer une fiche sur laquelle je liste tout ce que je peux lui apporter. Je consacre ainsi ma convalescence à penser et à mettre en place mon projet pour, à peine sortie de l’hôpital, le mettre en œuvre.
Mercredi 16 juin 2010
Je suis enfin autorisée à rentrer chez moi. Tout de suite, je m’attèle à la tâche en commençant par les choses faciles, les « petits » cadeaux. Une bonne partie de mes économies passe, par exemple, sur une console de jeux vidéo pour mon frère qui en a toujours rêvé. Je consacre à ces gâteries tout l’argent que me rapportent les leçons particulières et autres petits jobs que j’entreprends. Mes parents et mes amis me répètent sans cesse d’arrêter de me ruiner en cadeaux, mais rien n’y fait, je suis bien déterminée à mener mon projet jusqu’au bout. 
Après les plaisirs matériels, vient le bien-être moral, et y arriver est plus compliqué. Je deviens alors l’optimisme en personne. Tout est surmontable, rien n’est impossible, chaque problème a une solution. Ma devise : ça aurait pu être pire… Rien ne me fait plus plaisir que de voir un sourire se dessiner sur le visage de mon interlocuteur. Je déborde d’énergie, de bonne humeur et surtout d’idées nouvelles pour atteindre mon idéal de bonheur. Je suis consciente que certaines personnes égoïstes ou mal intentionnées pourraient profiter de moi, mais je ne me laisse pas marcher sur les pieds. J’ai une volonté de fer, rien ne m’arrête. Ma détermination ne connait aucune limite et l’idée de l’aboutissement de ce projet, à elle seule, suffit à me donner des ailes. Chaque jour devient un défi de plus à surmonter, mais aucune difficulté ne peut m’atteindre.
* * *
Lou sent ses larmes couler sans pouvoir les retenir pendant qu’une tristesse sans pareille s’empare de tout son être. Elle relit inlassablement ce carnet que la mère de Jade lui a donné, malgré la douleur que cela suscite en elle. Sa meilleure amie lui manque horriblement. Elle pense à elle, à son optimisme, à sa bonne humeur communicative et ne peut s’empêcher de pleurer. Jade répétait sans cesse : « Ne pleure pas, tout ira mieux demain. » Mais cette fois, ce n’est pas vrai. Elle est partie, tout n’ira pas mieux. Elle se demande pourquoi. Pourquoi elle ? Pourquoi les meilleurs partent-ils toujours les premiers ? Elle se dit que c’est injuste, que la vie est injuste. Ou alors elle est tout simplement cruelle. Elle a été retirée à la seule personne en ce monde qui savait vraiment en profiter et Lou trouve ça infâme. Malgré la colère qu’elle ressent envers le monde pour lui avoir arraché sa meilleure amie, elle réussit à se maîtriser comme celle-ci le lui avait appris. Elle doit rester forte et faire face au manque profond qui s’empare d’elle. Elle doit reprendre le cours de sa vie et essayer d’en profiter. Elle le doit… pour Jade au moins.


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