Tourbillon de vérité (Partie 1)

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Nouvelle écrite dans le cadre du Prix du jeune écrivain de langue française 2012
Naï

"Comme il existe des coups de foudre en amour, il y a quelques fois des coups de foudre en amitié."
Guillaume Musso
J’étais dans ma chambre, en ce jeudi gris d’octobre, je pensais à cette vie monotone qu’était la mienne, à tous les changements que j’aurais aimé y apporter. Je pensais à cette pile de livre, ces quarante-deux livres qui attendaient d’être lus, sur ma bibliothèque, ces livres, mes seuls amis, mon unique raison d’exister. Je n’avais jamais été très sociable, et pourtant j’étais très ouverte sur le monde extérieur, je voyageais beaucoup et l’un de mes plus grands plaisirs était de découvrir de nouveaux lieux et de rencontrer de nouvelles personnes. Mais tout ça, c’était dans les livres. En réalité, je n’avais jamais dépassé les frontières de mon pays, le Liban, et les gens qu’on y rencontrait étaient tous les mêmes: inintéressants.
Quand j’étais enfant, mon père m’avait donné un vieil exemplaire du Petit Nicolas dont les personnages étaient devenus mes meilleurs amis et m’avaient suivie jusqu'à l’adolescence. Je partageais les gouters d’Alceste, Rufus me prêtait son sifflet à roulette, Clotaire m’apprenait à faire du vélo, Geoffroy me laissait jouer avec les cadeaux que son père lui offrait, je demandais de l’aide à Agnan pour mes devoirs. Mais celui que je préférais était Nicolas. Il était mon meilleur ami, mon confident, et, bien que ses copains et lui n’acceptent généralement pas de filles dans leur bande, ils m’avaient acceptée parce que « je n’étais pas une pleurnicheuse comme toutes les autres filles ». Mais bien sur, tout ça, c’était dans ma tête…
J’étais donc dans ma chambre ce jour-là, à méditer sur mon passé et à réfléchir à mon avenir. Cet avenir qui se faisait attendre, ma dernière année de lycée, mes études universitaires, ma liberté qui arriverait enfin au moment où j’aurais mon BAC et mon permis de conduire. Cet avenir, si attirant, où je ferais des études de lettres, où je m’évaderais de cette petite ville à la vie culturelle presque morte.
J’étais perdue dans mes pensées quand ma mère débarqua dans ma chambre en criant : « Nagham ! Regarde qui est venu te rendre visite ! » J’aperçus alors derrière elle ma cousine Léa dont je n’appréciais pas particulièrement la compagnie. Je cherchais une excuse pour échapper à ma cousine lorsque je me rappelai que le salon du livre avait commencé la veille et que je n’y avais pas encore mis les pieds, ce qui, pour moi, était un exploit ! Je décidai donc de prétexter un rendez-vous afin de pouvoir me rendre au salon. Je pris un air désolé et dis à ma cousine, en défiant ma mère du regard: « Oh quelle bonne surprise ! Salut Léa ! J’étais sur le point de partir pour un rendez-vous très important. C’est dommage, j’aurais aimé passer du temps avec toi ! Mais ce n’est que partie remise ! » et sortis de ma chambre en vitesse, sans laisser à ma mère le temps de réagir. J’étais déjà sur le palier quand elle me rattrapa et me réprimanda pour le comportement et l’impolitesse dont je faisais preuve à l’égard de ma cousine. J’insistai sur le fait que j’avais promis à un camarade de classe de l’aider à réviser, que ça n’allait pas être un plaisir et que j’aurais cent fois préféré rester chez moi avec Léa, ce qui, bien entendu, était loin de la vérité. Dès que ma mère eut refermé la porte, je sortis mon téléphone afin d’appeler un taxi. En effet, c’était le moyen le plus sûr de se déplacer dans ce pays instable pour une personne non motorisée. Je descendis ensuite l’attendre au bas de l’immeuble. Quelques minutes plus tard, je m’engouffrai dans la voiture qui démarra aussitôt.
Le salon du livre avait toujours été pour moi un événement particulièrement important. Chaque année, je l’attendais religieusement comme d’autres attendaient Noël ou leur anniversaire. Pour moi, c’était le salon. J’aimais me retrouver dans ce grand bâtiment rempli de livres, me promener entre les étagères pleines à craquer, assister à des conférences et des débats, rencontrer des auteurs… C’était ma vision du paradis. Malheureusement, il y avait souvent au salon une grande concentration d’incultes et d’ignorants qui n’y attribuaient qu’une fonction de « show-off » et en profitaient pour s’adonner à leur activité préférée : prétendre d’être cultivés.  Je méprisais ces gens-là mais, après tout, comment leur en vouloir ? La culture c’est comme le beurre, dit-on, moins on en a, plus on l’étale.
 Au bout d’un moment, le taxi s’arrêta devant le salon, me tirant ainsi de ma rêverie. Je réglai la course et entrai dans le bâtiment, retrouvant ce confort familier qui s’emparait de moi dès qu’il était question de livres. A l’entrée, une hôtesse me tendit un exemplaire du programme que je feuilletai dans le but de trouver une conférence intéressante. J’en trouvai une sur les utopies à travers les siècles qui commençait à l’instant et décidai d’y assister. Elle était animée par une certaine Sophie Lux, auteur du roman Demain, qu’elle signerait après la conférence. Lorsque j’entrai dans la salle, il y régnait une atmosphère apaisante. L’intervenante était une jeune femme d’une trentaine d’années à peu près. Elle se tenait debout, très droite, sur l’estrade. Son attitude dégageait une certaine confiance qui me fascina à peine eussè-je posé les yeux sur elle. La conférence commença. Dès les premiers mots, je fus envoûtée par les paroles de la jeune femme et cette sensation ne me quitta pas jusqu'à ce qu’elle eut fini son exposé. Je sortis alors de la salle et me précipitai vers l’endroit où devait avoir lieu la signature de son livre pour avoir une chance de lui parler directement. Quelques personnes m’avaient devancée, aussi je dus faire la queue pendant quelques minutes qui me semblèrent durer une éternité. Lorsque mon tour arriva enfin, je m’avançai vers elle et lui dis : « Votre conférence était magnifique, je voulais juste vous faire savoir que vous êtes mon idole. Merci ! ». Elle me sourit chaleureusement, prit un des livres de la pile posée sur la table à laquelle elle était assise, l’ouvrit à la première page et me demanda à qui elle devait adresser sa dédicace. Je lui révélai mon prénom. Elle écrivit quelques mots et, comme il n’y avait pas beaucoup de monde, elle se permit de me faire la conversation. Elle me demanda mon âge et, quand je lui dis que j’avais dix-sept ans, elle me dit que j’en donnais plus. Elle me questionna également sur ce que je voulais faire plus tard, je lui répondis que j’avais l’intention de faire des études de lettres dans le but de devenir professeur pour tenter de transmettre ma passion de la littérature aux autres. J’appris ainsi qu’elle avait vécu toute sa vie à Paris et que, son père étant éditeur, elle baignait depuis sa plus tendre enfance dans le monde littéraire. Notre conversation dura quelques minutes, jusqu'à ce que je me rende compte que j’aurais dû déjà être chez moi. Je pris le livre, la remerciant du fond du cœur, et m’en allai en vitesse, très heureuse de cette rencontre. [...]


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