J’écris.

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Voila la première de mes « mini-autobiographies », c’est une écrivaine… j’espère que ca va vous plaire !  
Naï

« Longtemps, j’ai pris ma plume pour une épée. »

-Sartre
      J’écris.
            Partout, tout le temps, j’écris. Sur des carnets de notes, sur les murs, sur mes bras, mes mains, mes doigts, j’écris. Les mots me viennent spontanément, rien ne peut les arrêter. Je ne peux pas les garder pour moi. Ils doivent sortir, s’envoler, être vus, lus, reconnus. Ils jaillissent dans ma tête comme un rayon de soleil aveuglant. Je ne vois plus, je n’entends plus, plus rien ne fonctionne en moi tant que je ne me suis pas libérée de ces mots qui paralysent tous mes sens. Alors je prends ma plume et j’écris. Je respire enfin. La vie peut continuer. Jusqu'à ce qu’une nouvelle idée me vienne. Alors ça recommence, et ça ne s’arrête jamais.
            Ici, parler est interdit. Ça peut vous attirer des ennuis, beaucoup d’ennuis. Les idées doivent rester enfermées dans nos têtes comme dans un cachot. Elles ne peuvent pas être ouvertement exprimées. Pourquoi ? « Provocation », jugement, insultes. Voilà pourquoi. « En plus c’est une femme ». Oui, je suis une femme. Une femme n’a-t-elle pas le droit d’émettre un avis sur des choses sérieuses ? Non, elle doit se limiter aux habits, sacs, chaussures ; elle doit s’occuper des enfants, les porter, les nourrir, mais en aucun cas faire de choix concernant leur éducation ; elle doit être aux petits soins pour son mari, se faire belle pour lui plaire, lui obéir, mais en aucun cas lui demander quoi que ce soit. Je ne peux rien dire : ici, parler est interdit. Alors, j’écris.
            Mes proches me demandent d’arrêter, ou de partir, de m’enfuir, m’exiler. Mais je reste. Ici, c’est mon pays. « Tu ne changeras pas le monde. » Je ne perds rien à essayer. On m’a souvent insultée, menacée, même parfois agressée, mais rien ne m’arrête. Au contraire, cela me rend encore plus déterminée. A chaque fois, je reprends ma plume et j’écris, encore et encore. Je n’ai plus peur de rien. On me dit que je suis folle, inconsciente du danger dans lequel je me mets. Je réponds que je n’ai pas le choix. Si, j’ai le choix, dit-on. Le choix, quel choix ! Vivre dans la misère, écrasée par un gouvernement et une société corrompus, ou mettre ma vie en péril pour dénoncer toutes ces pratiques qui me dégoûtent. Qu’ils me tuent s’ils en ressentent le besoin. Peut-être alors ma voix sera-t-elle entendue. Peut-être alors mes semblables se manifesteront-ils. Mes semblables, des gens opprimés qui, comme moi, en ont ras le bol. Ils existent, je le sais, ils sont partout autour de moi, dans les rues, dans les immeubles à moitié détruits, dans les voitures, partout. Mais ils ont peur. Peur de quoi ? Pourquoi avoir peur ? Qu’avons-nous à perdre ? Notre vie misérable en vaut-elle la peine ? Si c’est pour assurer une meilleure vie et un futur libre et heureux à mes enfants, je suis prête à y renoncer. Plus rien ne me retient ici à part ce besoin incontrôlable d’écrire.
            Partout on me lit, on s’extasie sur ma ferveur et mon style. Partout, on s’étonne que je sois encore en vie. On m’invite sur des plateaux de télévision où les mêmes questions reviennent sans cesse : comment je parviens à publier mes écrits ici, si je n’ai pas peur, pourquoi ne pas m’en aller… Je me suis exilée pendant un temps, mais l’exil n’était pas pour moi. Je suis trop attachée à mon pays. Oui, je suis consciente du paradoxe, comment puis-je prétendre être attachée à ce pays que je condamne sans arrêt ? Je le condamne parce que je l’aime. Je ne désire rien plus que de voir ce pays se relever, se libérer du règne de la corruption et enfin, enfin pouvoir se développer et aller de l’avant. Je ne dis pas que cela sera simple, loin de là, mais tous ensemble, nous pouvons le réaliser, et c’est là que j’interviens. Je voudrais ouvrir les yeux à mes compatriotes, leur montrer que, main dans la main, nous pourrons changer les choses.
            Lorsque ce jour arrivera, alors peut-être ma vie aura servi à quelque chose. 


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